Un chômage qui bondit…

vert : total – noir : partiel
Comme on pouvait le craindre, Covid, en quittant l’Islande (peut-être ![1]) y laisse un chômage qui ne cesse de croître, et ne se résorbera, très progressivement, qu’avec le retour des touristes… Les mauvaises nouvelles tombent presque ensemble : Icelandair – 2000 de ses 3400 salariés -, Blue Lagoon, Isavia, toutes entreprises actives dans le sud-ouest de l’île, une fois de plus sinistré. Et d’autres, plus petites mais bien connues des touristes, tels les cinq magasins de Rammagerðin (artisanat, souvenirs) qui doivent fermer et licencier leurs 39 salariés ! De 5% en février, le chômage saute à 9.2% en mars (taux jamais atteint depuis la crise de 2008), puis en avril à 16.9% de la population employable (240000 personnes). Ce dernier saut est largement dû à l’introduction du chômage partiel, inexistant auparavant : seront indemnisés à hauteur de 75% les salariés des entreprises dont l‘activité tombe en dessous de 25% de leur niveau habituel. Des indemnisations comparables sont prévues pour les artisans et artistes, et les professions libérales.
Selon les règles actuelles, qui vont certainement évoluer, l’indemnisation du chômage total est de 70% du salaire brut avec un plafond mensuel à 456404 Ikr (2800 €), mais ne dure que trois mois. Passé ce délai l’indemnité est un forfait de 289510 Ikr (1800 €) à taux plein, ce qui est très peu compte tenu du coût de la vie. A noter que le système fiscal islandais rend incertaines les comparaisons avec les taux français.
…sur un marché du travail très fluide…
Mais dans la plupart des cas ce n’est qu’un « au revoir », car la rupture du contrat peut être brève. Licencier du jour au lendemain pour des raisons conjoncturelles est très facile pour un employeur et peu coûteux, comme il est courant pour un salarié de quitter un emploi pour un autre, ou de le compléter par du travail à temps partiel parfois non déclaré.
La clé de compréhension est chez les Vikings. Qu’est ce pour eux qu’un héros ? C’est celui (celle) qui, face à un destin dont il (elle) n’a pas la maîtrise car décidé par les Dieux, l’assumera avec courage sans vaines plaintes, jugées déplacées. A quoi sert-il de dire « ce n’est pas ma faute ! » ? Seul importe dans l’immédiat de faire face et rechercher une solution.
Cette volonté orgueilleuse d’assumer sa situation personnelle en comptant d’abord sur soi et ses proches si nécessaire a traversé les siècles et se reflète dans le droit social, où en cas de besoin la protection n’est pas attendue de l’État mais du groupe professionnel auquel on a choisi d’appartenir. Soit un « code du travail » squelettique, mais des accords collectifs âprement négociés par des organisations très puissantes, le plus souvent tous les trois ans, et qui régissent l’essentiel des relations avec l’employeur. Dans un pays qui a connu un plein emploi presque constant, et quelques trous d’air comme la crise de 2008, la négociation porte évidemment sur les salaires, et depuis peu, sur les conditions de travail. La sécurité de l’emploi y est peu abordée, même dans la fonction publique. En Islande, l’employabilité est de la responsabilité personnelle.
Il est vraisemblable que la profondeur de la crise à venir va contraindre l’État à aller au delà de l’indemnisation décrite plus haut, en montant et en durée, à la fois pour des raisons sociales et pour maintenir la consommation à un bon niveau. Mais on voit bien déjà vers où s’oriente l’action gouvernementale : reprise de grands travaux d’infrastructures, relance du tourisme dès que possible, développement de la formation, création d’emplois publiques temporaires, par exemple pour les étudiants, qui de tous temps ont eux mêmes financé leur études ; et, pour favoriser l’exportation et le tourisme, dévaluation progressive de la monnaie, ce 7 mai à 6.27 € pour 1000 Ikr.

La veille du 4 mai, jour choisi pour entamer le retour à la normale, Katrín Jakobsdóttir, Premier Ministre (Gauche Verte), prononce sur RÚV un discours inhabituellement solennel et conclut : « l’Islande va continuer à être le pays des possibles, aux ressources considérables : une nature exceptionnelle, une culture très riche, et par dessus tout un peuple entreprenant qui peut tout ce qu’il veut. Cet hiver horrible est derrière nous, l’été nous salue, le pluvier est arrivé, et il a fait doux cette semaine. Nous sommes ici ensemble sur notre île, et sentons comme la vie nous est chère, comme il est important de former une communauté dynamique, libre et ouverte. Ce n’est pas évident, mais cette communauté vaut la peine de se battre pour elle. Nous avons déjà fait nos preuves et savons que nous y parviendrons tous ensemble ».
Là est l’essentiel en Islande : associer l’engagement individuel à un pacte social fort.
[1] seulement deux nouveaux cas depuis le 31 mars. Geste symbolique : les piscines rouvriront le 11 mai



