Le 11 novembre dans la nuit il a fallu évacuer les 3700 habitants de Grindavík au vu des nombreuses failles qui s’y formaient. Commençait une longue période d’incertitude pour eux, et aussi pour les autres habitants de l’île. Depuis lors, chacun espère que le volcan voudra bien faire éruption pour enfin lever une insupportable inquiétude.
Ma chronique est dédiée à toutes ces personnes qui ont dû tout quitter, et attendent de savoir quand, et si, ils pourront revenir chez eux, et dans quelles conditions.
Ce 6 octobre 2008, alors que son île est proche de la faillite, Geir Haarde, Premier Ministre, intervient à la télévision pour une allocution que l’on sent préparée avec soin, et qui se veut à la fois grave et optimiste. Il conclut : « Il est important que nous sachions faire preuve de calme et de sang-froid dans les jours difficiles qui nous attendent, que nous ne laissions pas désespérer, et que nous nous soutenions les uns les autres par nos conseils et nos actes. De la sorte, avec comme armes notre optimisme, notre altruisme, notre solidarité, nous saurons résister à la tempête. Dieu bénisse l’Islande »
Ce qui ressemble à un abandon dans les mains de Dieu sera beaucoup critiqué, surtout à l’étranger où la presse, notamment française, n’a pas de mots assez durs pour moquer les Islandais et ce château de sable dont ils étaient si fiers.
Que s’est-il passé ? Je joins les deux premières pages de ma chronique d’octobre 2018 où sont décrites la crise et les mesures prises immédiatement par le gouvernement de Geir (Parti de l’Indépendance vainqueur de récentes élections législatives et Alliance Social-démocrate). En bref : les faillites des trois principales banques, le « dévissage » de la couronne de 85 Ikr pour 1€ en octobre 2007 à plus de 180 un an plus tard. Et pour y faire face la création de trois banques de détail accotées à celles qui viennent de faire faillite, la mise en place d’un contrôle des changes drastique, un taux de base bancaire porté à 18%. Plus tard d’autres mesures compléteront l’ensemble, dont un prêt consenti par le FMI du bout des lèvres.
Geir ne s’est donc pas contenté d’en appeler à Dieu. Début décembre, lorsque débute la longue période de Noël, il peut légitimement croire que le bateau flotte à niveau. Et que va cesser le bruit des « casseroles » ! Car en face de l’Alþingi, sur l’Austurvellir place de toutes les manifestations, des manifestants se retrouvent chaque samedi, toujours plus nombreux, toujours plus revendicatifs. Se rassemblent d’abord des membres de cette « génération Hollywood », selon l’appellation locale, qui ne peuvent plus rembourser les emprunts en yens ou francs suisses contractés pour agrandir leur maison ou acheter un plus gros 4*4. Puis d’autres personnes les rejoignent, directement affectées par la crise (le taux de chômage passe de 3 à 10% en quelques semaines, l’inflation bat son plein… ). De la revendication de démission de Davíð Oddsson, président de la Banque Centrale et ancien Premier Ministre, on passe à celle du gouvernement puis à une réforme des institutions permettant que le peuple soit enfin entendu autrement que par des casseroles.
Mais dès le début janvier 2009 les manifestations reprennent de plus belle, et fin janvier Geir doit jeter l’éponge. En attendant des élections programmées en avril un gouvernement provisoire est créé sous la direction de Jóhanna Sigurðardóttir, présidente de cette Alliance social-démocrate qui a su faite oublier sa présence dans le gouvernement de Geir. Elle est associée à la Gauche Verte de Steingrímur Sigfússon. Puisque ce gouvernement est minoritaire, un accord est passé avec le parti du Progrès, dont Sigmundur Davíð Gunnlaugsson vient de prendre la présidence « à la hussarde ». Celui-ci met deux conditions à sa neutralité : la mise sur pieds d’un programme de réduction des dettes et la création d’une assemblée constituante pour une révision de la constitution « par le peuple ».
Les élections ne devraient être qu’une formalité, mais Jóhanna met son allié dans l’embarras en annonçant qu’elle ne signera d’accord de gouvernement qu’avec un parti acceptant des négociations d’adhésion à l’UE. Or celle-ci, et l’adhésion à l’OTAN, sont précisément la principale raison de la scission de l’Alliance du Peuple en 2000 et la création des deux partis. Steingrímur s’en accommode sous réserve qu’un referendum ait lieu en fin de négociation, mais cette position ne fait pas l’unanimité autour de lui. Comme ne fait pas l’unanimité son choix, en tant que ministre des Finances, de ne revenir sur aucune des décisions du précédent gouvernement, y compris l’accord avec le FMI auquel il avait été farouchement hostile. Par contre il les complète d’un certain nombre de décisions facilitant leur accompagnement social. Mais le vrai facteur de réussite est ailleurs : dès janvier 2009, syndicats d’employeurs et d’employés s’engagent dans la recherche d’une réponse commune à la crise. L’accord ne sera signé qu’en juin, selon lequel les dispositions du précédent accord triennal seront reconduites – ce qui revient à un gel des salaires -, en échange notamment d’une indemnisation plus avantageuse du chômage, d’un accès facilité à la formation continue et de quelques aménagements fiscaux. Dès la fin de 2011, la sortie de crise est en vue, avec l’aide, il est vrai de touristes dont l’invasion commence.
15 après que reste-t-il ?
Les principaux « business vikings » ont été jugés, et le plus souvent condamnés, après des enquêtes longues et compliquées du fait de leur caractère international. Seul le plus riche d’entre eux en 2008, Björgólfur Thor Björgolfsson, a fait des excuses publiques et signé un accord avec ses créanciers pour le remboursement d’une dette estimée à 1200 milliards d’Ikr (deux fois le budget du pays !), soit 7.6 milliards d’€. Il resterait actionnaire de diverses entreprises telles que Actavis ou Verne Holding, mais ses gains iraient au remboursement de sa dette, ainsi que la vente de ses biens personnels. Et il est à nouveau l’Islandais le plus riche !
Björgholfur
Car pour lui et tous les autres « business vikings » c’est à nouveau « business as usual », comme, semble-t-il, pour tous les autres Islandais, très occupés à profiter d’une conjoncture très favorable, portée par le tourisme.
Les systèmes de contrôle des banques ont été rendus plus présents, mais l’actualité, par exemple la vente récente d’actions de la banque Íslandsbanki, montre que ces dispositifs ne résistent pas plus qu’avant à la porosité entre les dirigeants économiques et politiques, notamment le parti de l’Indépendance,
La réforme constitutionnelle, inscrite dans le programme de gouvernement à la demande de Sigmundur Davíð Gunnlaugsson et dont il s’est rapidement désintéressé même lorsqu’il est devenu Premier Ministre (mai 2013-avril 2016)[1], a été mise tardivement sur les rails, mais les excellents résultats de son travail, bien qu’approuvés par referendum le 20 octobre 2012 (voir ici), sont à ce jour restés lettre morte[2],
Quant à la négociation d’adhésion à l’UE, elle est entamée puis abandonnée tant les désaccords au sein du gouvernement sont criants. De fait ils vont conduire à une exceptionnelle déroute électorale en avril 2013. Les deux partis tombent de 34 à 16 sièges à l’Alþingi, bien mal récompensés d’une sortie de crise certes douloureuse mais bien plus rapide que prévu. Le quotidien norvégien Aftenposten résume cruellement ce résultat : « les Islandais donnent une seconde chance aux partis qui les ont conduits à la faillite ».
C’est vrai. Mais ces partis, parti de l’Indépendance et parti du Progrès, aux commandes depuis l’entre deux guerres, n’évitent pas une perte d’influence, érosion lente pour le premier, aujourd’hui à moins de 20% des intentions de vote, soubresauts pour le second. En face, de nouveaux partis sont apparus, Pirates et Redressement, qui témoignent de nouvelles aspirations : séparation plus claire des pouvoirs politiques et économiques, plus grande participation des citoyens, telles que le projet de réforme constitutionnelle les prévoyait, reprise des négociations avec l’UE. De plus l’Alliance Social-démocrate, un temps proche de disparaître, est maintenant en tête des sondages (± 30%) sous l’impulsion de sa nouvelle présidente Kristrún Frostadóttir. Et sur cette île dont aujourd’hui un habitant sur cinq est né ailleurs, on ne doit pas ignorer les deux partis populistes : parti du Centre – en fait « trumpiste » -, créé par Sigmundur Davíð après avoir été chassé du parti du Progrès, et parti du Peuple, soit autour de 15% d’intentions de vote très peu favorables au développement de l’immigration.
Sigmundur Davíð
Quinze ans après une violente crise où les Islandais ont montré leur énorme capacité de résilience, les défis à venir sont d’importance, démographiques pour une meilleure répartition de la population sur l’île et gérer l’importance croissante de l’immigration, économiques pour résister aux délices du tourisme et passer de la valorisation de ses ressources naturelles à celle de ses ressources intellectuelles, internationaux en étant le plus possible présents au monde, culturels enfin pour être mieux reconnus tout en préservant une langue qui a tant donné au patrimoine littéraire mondial.
Peut-être les prochaines élections législatives montreront-elles qu’en se tournant vers de nouveaux partis les Islandais veulent ouvrir une nouvelle page de leur histoire par la construction d’un projet collectif répondant mieux à ces nouveaux défis tout en préservant cette caractéristique dont ils sont si fiers : « Á Íslandi skipta allir máli » (en Islande tout le monde compte), en islandais et non en anglais.
[1] … et a dû démissionner pour avoir été mentionné sur les Panama Papers
[2] Les referendums décidés par l’Alþingi sont « indicatifs ». Une des dispositions prévues par le texte proposé est de rendre ses résultats contraignants
« Jón a suivi le programme du parti, je vais suivre le programme du parti ».
Voici ce qu’annonce fièrement Guðrún Hafsteinsdóttir, nouvelle ministre de l’intérieur nommée le 18 juin en remplacement de Jón Gunnarsson. Et les naïfs, comme l’auteur de ces lignes, ne peuvent pas ne pas poser la question : alorsà quoi ça sert ?
Car, sans y prendre garde, Guðrún illustre parfaitement la vie politique islandaise, telle que la pratique notamment le parti de l’Indépendance :
transfert de propriété
Ce changement à mi-mandat résulte d’un engagement préélectoral pris par la direction du parti pour s’assurer les bonnes grâces des militants « indépendantistes » de la circonscription électorale du Sud, dont Guðrún, par ailleurs dirigeante de l‘entreprise familiale, est la cheffe de file,
Où l’on a vu Bjarni Benediktsson, président du parti, et Jón Gunnarsson faire tout leur possible pour oublier cet engagement, et Guðrún le rappeler bruyamment,
Selon ses mots Guðrún suivra le programme du parti, notamment en matière d’immigration, et semble totalement ignorer l’accord de gouvernement dont la gestation a pourtant fait l’objet de nombreuses négociations,
Katrín Jakobsdóttir, Première Ministre, ne dit rien de ce changement intervenu dans « son » le gouvernement, qu’elle a, c’est vrai, approuvé en son temps. Elle ne dit rien non plus de choix politiques bien éloignés de ceux que prétend porter son parti,
Seul élément positif : la restauration de la parité au sein du gouvernement. Ce que constate Guðrún : Jón est un homme, je suis une femme !
Tout se passe comme si le parti de l’Indépendance se sentait encore propriétaire de la vie politique islandaise et du gouvernement, et tenait à le faire savoir !
De quoi alimenter le soutien à Kristrún et à l’Alliance social-démocrate ?
Revenons à la question : Bjarni Benediktsson, président du parti de l’Indépendance, a-t-il raison de croire que le progrès de l’Alliance social-démocrate à 30% des intentions de vote n’est que l’un de ces feux de paille dont la vie politique islandaise est coutumière, et notamment l’Alliance ? Ce qui reviendrait à dire que, au-delà de quelques foucades, les attentes des électeurs islandais n’ont pas changé, et que son propre parti gardera longtemps encore la place prépondérante qu’il occupe depuis sa création, voici près d’un siècle ?
Hannes Hafstein (1861-1922) premier Ministre d’Islande basé à Reykjavík (1904-1909 puis 1912-1914)
Ce n’est qu’au milieu du XIXème siècle, après une longue période de misère, que les Islandais se réveillent à l’appel d’étudiants romantiques vivant à Copenhague, vite relayés à partir de 1850 par Jón Sigurðsson. La décision politique passe alors aux mains de visionnaires qui à l’instar d’économistes comme Jean-Baptiste Say ne dissocient pas économique et politique et mettent l’accent sur l’équipement de l’île en même temps que sur son indépendance. C’est le cas évidemment de Jón lui-même, mais aussi par exemple de Hannes Hafstein. A défaut de tels visionnaires le pouvoir est ensuite accaparé par des entrepreneurs, armateurs dont l’expression politique va être le parti de l’Indépendance (voir notamment mon article de blog sur Thor Jensen, et son fils Ólafur Thors), et paysans associés dans un très puissant mouvement coopératif qui défendra ses intérêts à l’aide du Parti du Progrès.
Dans les premières décennies de l’après deuxième guerre mondiale, ces deux partis administrent l’île presque sans discontinuer pour le bien de ceux, personnes physiques ou morales, qu’ils représentent. En face d’eux une opposition de gauche essaie de s’organiser tant bien que mal, sans autre proposition alternative que s’opposer aux deux partis dominants. S’y ajoutent de profondes divisions sur la place de l’Islande dans le monde, et l’adhésion ou non de l’Islande à l’UE.
La crise financière de 2008, et ses casseroles, a les apparences d’une rupture, où les manifestants mettent en doute les motivations et les compétences de leurs dirigeants et demandent des réformes les associant plus étroitement aux décisions politiques, par le biais, notamment, d’une révision de la constitution. On sait ce qui est advenu de ce serpent de mer !
Or, à bientôt 400000 plus 65000 immigrés, les Islandais semblent être à une période charnière de leur histoire. Ils sont comme vêtus d’un costume très élégant, qui semble-t-il, leur sied parfaitement. Mais un examen et une écoute attentifs montrent que de nombreuses coutures sont près de craquer, comme si commençait une mue plus ou moins bien acceptée et vécue par les intéressés. Beaucoup sentent qu’il est temps d’adopter un costume plus grand, d’autres hésitent ou s’y refusent, comme s’ils avaient peur de grandir et perdre leur identité.
Et à cet égard le gouvernement actuel, après avoir très bien géré la pandémie, et malgré quelques mesures sociales le plus souvent imposées par les syndicats, ne parvient plus à cacher ce qu’il est : une tentative de conservation du pouvoir par les partis traditionnels. Sur l’autel duquel, pour des raisons peu claires, Katrín Jakobsdóttir accepte de sacrifier son propre parti et sa popularité.
Alors les Islandais restent à la recherche de l’offre politique qui leur permettrait de réaliser plusieurs objectifs difficiles à concilier : respect des spécificités de leur identité communautaire, notamment la proximité et la solidarité, malgré l’accroissement de leur nombre et de leurs diversités, écoute par leurs dirigeants et participation aux grandes décisions, et confiance en ceux qui leur proposeraient des voies nouvelles. Bref un nouveau projet collectif donnant du sens à la communauté ; mais pour y parvenir, une réflexion approfondie sur les institutions paraît indispensable.
L’Alliance Social-démocrate de Kristrún saura-t-elle répondre à ces attentes ? Un gros travail semble en cours pour renouveler profondément l’offre politique de l’Alliance – qui pourrait peut-être changer de nom ? – . Sa première manifestation a beaucoup surpris : report à des jours plus propices de l’adhésion à l’UE, seule ligne connue jusqu’à présent du programme de ce parti. De plus la demande d’arrêt de la privatisation de l’Íslandsbanki montre une volonté d’intervention plus forte de l’État dans les choix économiques. Par contre elle n’a encore rien dit de la réforme constitutionnelle dont voici 10 ans l’Alliance a été le principal soutien politique.
Trouvera-t-elle des alliés ? Les Pirates ont un programme et une présence très proches de celle voulue par Kristrún. Leur principal handicap est dans leurs statuts : pas de président(e), donc pas de leader(ère) identifiable, dans un pays où la personnalisation est très importante, et ce malgré des individualités de grande compétence sur chaque sujet. Et Redressement (Viðreisn) ? À 10% son poids politique n’est pas négligeable et en ferait un appoint appréciable. Mais, malgré les efforts de Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir, il n’est pas encore parvenu à faire oublier qu’il est une dissidence pro UE du parti de l’Indépendance et que ses principaux dirigeants en sont issus.
Autre hypothèse : que le parti de l’Indépendance fasse lui aussi peau neuve… En favorisant l’émergence de jeunes et de femmes, ou les deux, comme Þórdís Kolbrún Gylfadóttir, actuelle ministre des Affaires étrangères, Bjarni a semblé vouloir emprunter ce chemin, mais il est évident que les nombreux caciques du parti ne le laisseront pas poursuivre s’ils doivent y perdre leur confort.
Alors Kristrún, feu de paille ou non ? Malgré la demande, confirmée par les sondages, et ses évidentes qualités, elle aura beaucoup à faire pour réformer un système dont les racines sont très profondes.
Un sondage de mai (voir ma chronique de mai) confirme la progression à 25.7% d’intentions de vote de l’Alliance Social-démocrate – et 30% le 8 juin -, alors que le parti de l’Indépendance, à l’instar des deux autres partis de la majorité, n’en finit pas de glisser, pour atteindre 18.7%, son plus bas niveau historique. Interrogé à ce propos, Bjarni Benediktsson, président de ce parti, éloigne le danger d’un grand revers de main : la vie politique islandaise, et notamment l’Alliance Social-démocrate, ont connu bon nombre de pics éphémères, avant de retomber très bas au bout de quelques mois voire semaines.
Le tableau ci-dessous confirme son affirmation. Encore ne reprend-il que les résultats électoraux ; les sondages ont parfois montré des pics jusque 40% avant de retomber à l’approche des élections.
%
2007
2009
2013
2016
2017
2021
Sond.23
Parti de l’Indépendance
37.0
24.0
27.0
29.0
25.2
24.4
18.7
Parti du Progrès
12.0
15.0
24.0
12.0
10.7
17.3
10.2
Gauche Verte
14.0
22.0
11.0
16.0
16.9
12.6
8.2
Alliance Soc. Démocrate
27.0
30.0
13.0
6.0
12.1
12.6
25.7
Pirates
5.0
15.0
9.2
8.6
11.4
Redressement
11.0
6.7
8.3
10.6
Parti du Centre
10.9
5.5
6.0
Parti du Peuple
6.9
8.9
4.4
Socialistes
4.1
4.9
Et il est vrai que le parcours de l’Alliance Social-démocrate est particulièrement illustratif. De 27% en 2007, la voici propulsée en 2009 à 30.0% par la grâce de la crise financière de 2008. Puis elle chute brutalement à 13.0%, où les électeurs ne lui savent pas gré d’une sortie de crise plus rapide que prévu, et frise l’élimination à 6% avant de repasser au-dessus de 10%. Son alliée de 2009, la Gauche Verte, connait le même mouvement, de 14 à 22 puis 11%, puis se redresse grâce à la popularité personnelle de Katrín Jakobsdóttir, devenue présidente du parti en février 2013.
En fin novembre 2012 Birgitta Jónsdóttir co-fonde en Islande une branche du mouvement Pirates, qui prône une autre manière de conduire l’action politique. Surprise : le mouvement passe le seuil éliminatoire de 5% et obtient trois députés aux élections de mai 2013. Grâce à l’action de ces derniers à l’Alþingi, notamment Helgi Hrafn Gunnarsson, les sondages s’envolent pour atteindre 40% d’intentions de vote (voir chronique de mars 2015). Trop vite : ne pouvant cacher leurs désaccords Birgitta et Helgi Hrafn sont sanctionnés : bien que ni l’un ni l’autre ne se représente, leur parti revient à 15%, puis moins de 10%.
Autre cas, celui du parti du Progrès, le voici qui, sous la présidence de Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, monte de 15 à 24% (2013) pour retomber à 12% lorsque Sigmundur Davíð doit quitter le parti pour cause d’exposition trop publique aux Panama Papers, et fonder le parti du Centre, bien nommé puisque son modèle est D. Trump. Et je n’évoque pas ici les partis mort-nés pendant cette période, tels Avenir Radieux ou le Mouvement des Citoyens, ou moribonds comme le parti des Socialistes.
Alors que se passe-t-il ? Bjarni a-t-il raison de ne pas croire en l’avenir du succès de l’Alliance Social-démocrate ?
Mettons à part le parti du Progrès, plus ancien parti islandais, très (trop ?) souvent associé au parti de l’Indépendance. Il est à la dérive en 2009 lorsque Sigmundur Davíð prend à la hussarde un mouvement dont il n’est membre que depuis quelques semaines. Il y soutient une opposition frontale à tout accord sur l’indemnisation des clients étrangers de l’agence bancaire Icesave et est porté au pinacle lorsque que la Haute Cour de Justice de l’AELE donne raison à l’Islande. Son parti obtient 24% aux élections suivantes, et conduit Sigmundur Davíð au poste de Premier Ministre, avant de retomber à 12% en 2016 et 10.7% en 2017. Pendant quelque temps, le parti du Progrès est dépassé par celui du Centre créé par Sigmundur Davíð, puis il reprend une partie de ses électeurs, déçus par les dérives trumpistes de leur ancien président.
Les autres pics peuvent être associés à l’apparition d’une personnalité, toujours une femme, peu connue du public. La moins inconnue est Jóhanna lorsque fin janvier 2009 elle prend la tête du gouvernement intérimaire nommé le 1er février 2009. Elle est députée depuis 1979 et a été plusieurs fois ministre des Affaires Sociales, notamment dans le gouvernement de Geir Haarde en fonction lors de la crise. L’enthousiasme retombe vite et les élections d’avril 2009 ne sont pas aussi bien gagnées que prévu. C’est que la tâche est rude pour un gouvernement qui doit faire face aux conséquences économiques et sociales de la crise de 2008. De plus Jóhanna s’obstine à vouloir mettre en œuvre ce qui est en tête du programme de son parti : l’adhésion à l’UE, et ce malgré les réticences affichées de son alliée : la Gauche Verte.
Birgitta Jónsdóttir n’est pas non plus inconnue. En même temps que poète, elle est une militante engagée dans plusieurs causes, nouvelles formes d’expression artistique et liberté de la presse, où elle est un temps associée à Wikileaks et Edward Snowden, jusqu’à ce qu’elle participe à la création des Pirates. Mais l’envolée de ces derniers ne résiste pas à son activisme échevelé, contraire à la volonté d’écoute des électeurs qui se veut l’originalité du mouvement.
La carrière de Katrín diffère : engagée en politique durant ses études, elle est élue à l’Alþingi (Gauche Verte) en 2007, dès l’âge de 31 ans, et devient ministre en 2009. Dès lors et jusqu’au début de 2023, son charisme personnel fait d’elle la personnalité politique la plus appréciée de l’île, souvent en décalage avec les résultats électoraux du parti qu’elle préside, surtout après 6 ans de conduite d’un gouvernement qui comprend des personnalités très conservatrices.
Elle se fait prendre la tête des opinions favorables par Krístrún, dont l’ascension est celle d’une fusée. Âgée de 35 ans, diplômée en économie des universités de Boston et Yale et ayant travaillé dans le secteur bancaire en même temps que journaliste économique, elle est élue 2021 à l’Aþingi et prend l’année suivante, sans opposition, la présidence de son parti.
Alors, que répondons nous à Bjarni ? Krístrún et l’Alliance, feu de paille ou vague de fonds ?
J’apporterai ma réponse, après réflexion, la semaine prochaine. Et les vôtres ?